Non, Uncle Acid n’est pas définitivement parti ailleurs après
Nell’ Ora Blu. Il aurait été difficile d’imaginer un avenir prenant pour base cette création d’une bande originale de giallo fictif ; l’expérience a été menée à son terme et avec réussite.
Mais je n’ai pu m’empêcher d’avoir une première approche déçue de
Shapes of Midnight. L’album affiche pourtant des idées excellentes : celle de prendre comme modèle une nouvelle d’Edgar Allan Poe en premier lieu, Kevin Starrs faisant référence à
Le Masque de la mort rouge comme inspiratrice des paroles de ce nouveau disque, choix cohérent dans l’univers du groupe, macabre et élégant. Il y a également cette décision d’enregistrer ces huit morceaux à Abbey Road, lieu qui a compté tant d’enregistrements importants et qui éclaire un peu plus ces influences pop et sixties qui comptent autant pour le projet que la classique référence à Black Sabbath.
Au final, aucune inquiétude à se faire, la frustration de ne pas entendre Uncle Acid éclater une nouvelle fois les normes du genre ayant rapidement disparu.
Shapes of Midnight n’est pas qu’un retour au rock psychédélique empreint de doom metal qui a fait sa renommée ; il est comme un élixir de jeunesse pour la bande, s’inscrivant directement comme l’égal de
Blood Lust. Il en reprend nombre de choses, comme cette ambiance vampirique et meurtrière aussi enivrante qu’assumant son caractère de série B, presqu’enfantine tant le plaisir est palpable (vous êtes autorisé à penser aux scènes de course-poursuite de Scooby-Doo durant l’écoute de « Don't Let It Control You »). Mais il agrémente le son connu des Anglais avec des éléments apparus en cours de route s’ajoutant aisément à un chaudron déjà chargé, comme ce saxophone qui habille un peu plus une musique déjà distinguée.
Forte d’une production analogique parfaite pour sa musique, crépitante, lourde et corrosive, psychédélisme qui infiltre directement le cerveau de ses couleurs sans nécessairement jouer la montre, la formation déroule ses leçons de chaque instant, les morceaux ayant chacun un charme particulier les rendant marquants. Une description par le menu serait sans doute rébarbative ; elle est tentante concernant ce disque qui emporte avec lui sans jamais donner à y redire (aller, j’ai peut-être moins d’attachement à « When Evil Wakes » qui tire un peu trop sur un doom linéaire comme les moins bons moments de
Mind Control). Les quelques percées heavy metal de « House By The Grave », « Psycho On The Loose » et le morceau-titre le montrent bien : Uncle Acid se fait éclatant sur
Shapes of Midnight, chaque membre – et non plus seulement Kevin Starrs, comme cela pouvait autrefois donner l’impression – semblant avoir participé à l’écriture de ces compositions riches en détails et aux détours ne sortant jamais d’un même labyrinthe. Non pas un train fantôme fatigant à être autant sur des rails comme cela a pu être le cas lors des essais les moins prenants du projet, mais l’exploration d’un château hanté et ses nombreuses pièces, nuances d’horreurs délicieuses pour l’amateur jusqu’au doublet crépusculaire « The Other Side Of The Sky » / « Sleep No More », au blues toujours aussi ensanglanté.
Shapes of Midnight est donc bien le meilleur album d’Uncle Acid depuis
Blood Lust,
Nell’ Ora Blu considéré comme étant hors-catégorie,
Wasteland comme un bon disque auquel garder une place à part (ne serait-ce que pour « Bedouin »),
Volume 1,
Mind Control et
The Night Creeper à définitivement mettre à la benne tant ils ne font pas le poids par rapport au talent éblouissant généreusement développé ici. Evidemment, on aura été averti depuis longtemps de ce que joue le groupe, alimentant son style sans nécessairement surprendre. Mais là n’est pas l’essentiel : en revenant à la source, c’est une fontaine de jouvence qu’il a trouvée. Puisse-t-il continuer à s’y abreuver de la même soif vampirique qu’il possède ici.
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