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Metal Church - Metal Church

Chronique

Metal Church Metal Church
Il y a des groupes qui n'ont jamais reçu la reconnaissance qu'ils auraient méritée. Des groupes cultes pour certains mais que l'Histoire a oubliés malgré leur importance à l'époque. Metal Church est de ceux là. Qui se souvient d'eux aujourd'hui ou les cite dans sa liste de formations favorites? Plus grand monde, je pense. Pourtant, les cinq premiers albums des Américains sont pratiquement tous des chefs-d'œuvre. Ce n'est donc pas faute d'avoir essayé! Est-ce dû à l'éloignement géographique? À des concours de circonstances malheureux? À un mauvais timing? Peut-être bien les trois à la fois. Je n'ai moi-même connu le groupe que très tardivement. Mais après m'être penché sur sa discographie je me suis demandé pourquoi Metal Church ne jouissait pas d'une plus grande notoriété. Car avec des albums aussi monstrueux, le combo aurait dû avoir sa place au panthéon métallique aux côtés des Metallica, Slayer et autres Megadeth. Au lieu de cela, Metal Church n'existe plus depuis 2009 et ils ne semblent manquer à personne. Les albums post Hanging In The Balance ne sont pas les meilleurs mais quand même! Triste, non? Ce manque de considération m'a rendu le groupe encore plus attachant. Il était donc temps de consacrer quelques lignes au génial premier album éponyme, mon préféré avec Hanging In The Balance, et à la seule église dans laquelle j'aime me recueillir.

Revenons en 1980, à San Francisco, ville où tout allait se jouer mais que le groupe quittera avant la naissance de la scène thrash de la Bay Area. Kurdt Vanderhoof y crée Metal Church en référence à son appartement où il écoutait tout le temps de la musique avec son colocataire de fac. Sortira une démo instrumentale Red Skies en 1981 puis une autre après quelques remaniements de personnel. Pour l'anecdote, et c'est surtout par celle-ci que les gens connaissent le groupe, un certain Lars Ulrich participe à quelques répétitions avant de se faire recaler. Et si j'aime défendre le Danois face à ses détracteurs, en écoutant les parties de batterie de Kirk Arrington sur Metal Church, nul doute que le groupe a fait le bon choix. L'aventure san-franciscaine de Metal Church tourne court et Vanderhoof rentre dans son État d'origine, Washington, à Aberdeen (ville de naissance de Kurt Cobain au passage). Là, il réunit d'autres musiciens: Mike Murphy (chant), Craig Wells (guitare), Duke Erickson (basse) et Tom Weber (batterie), et fonde Shrapnel. Murphy quitte le groupe avant la sortie d'une démo sans titre connue aujourd'hui sous le nom de Hitman, qui ne comprend donc pas de chant comme Red Skies. Murphy est remplacé par un ami de Wells, David Wayne. C'est ensuite au tour de Tom Weber de faire faux bond. Kirk Arrington entre alors en piste. Vanderhoof, Wells, Wayne, Erickson et Arrington: le line-up classique se voit réuni pour la première fois et sort une nouvelle démo, Four Hymns, en octobre 1982. 1983, Shrapnel reprend le patronyme de Metal Church. La légende se met en marche. En 1984, le quintette sort enfin son premier full-length éponyme sur le petit label indépendant Ground Zero. L'album reprend plusieurs morceaux de ses démos dans des versions retravaillées (certaines avec même un nouveau titre comme "Thrasher" qui devient "Hitman", "Deathwish" réintitulé "Beyond The Black" ou "The Brave", figurant sur la compilation culte Metal Massacre (V), qui se transforme en "In The Blood") et est produit par un certain Terry Date, peu connu à l'époque, dont il s'agit de la première production. Metal Church se vend si bien qu'Elektra, sur insistance également de James Hetfield et d'un Lars Ulrich peu rancunier, signe le groupe l'année suivante et réédite l'album. Les chemins de Metal Church et Metallica se croiseront plusieurs fois par la suite. Dès la sortie de l'opus d'ailleurs, les deux groupes tournent ensemble. En 1987, John Marshall, alors guitar tech pour Kirk Hammett, rejoint Metal Church en replacement de Kurdt Vanderhoof qui restera toutefois toujours au contact du groupe pour la composition. Fait "amusant", Marshall remplacera James Hetfield en 1992 à la guitare, le frontman s'étant brûlé après un accident de pyrotechnie à Montréal.

Mais je m'égare. Pourquoi Metal Church a cartonné? Parce que la pochette et sa guitare-crucifix dans un cimetière brumeux est juste ultra cool (et kitsch aussi mais bon!). Ou alors parce que c'est une tuerie ultime, tout simplement. Oui, plutôt ça en fait! En 1984, peu de groupes de thrash se montrent capables d'une telle maîtrise technique et d'un tel talent de composition, sachant se faire à la fois direct grâce à des rythmiques enlevées et un groove omniprésent, et plus travaillé par un jeu de mélodies électrisantes et l'instauration d'une ambiance sombre. Pas evil, juste sombre. Parmi tous ces nouveaux combos talentueux mais au jeu souvent approximatif, Metal Church surnage avec Metallica et son époustouflant Ride The Lightning. Il n'y pas un domaine dans lequel Metal Church n'impressionne pas. De la batterie pleine de groove et de feeling qui sait aussi envoyer la sauce à la basse habile et catchie, en passant par des guitares étincelantes et un chant aussi fabuleux qu'atypique, l'album est un quasi sans faute. Metal Church joue du thrash metal mais à la différence des jeunes loups qui viennent d'apparaître, il ne joue pas la surenchère violente, rapide et satanique. Si l'opus éponyme reste l'album le plus thrash de la discographie des Américains, le groupe mélange dès le début la rapidité et l'efficacité du thrash avec un feeling purement heavy metal, fans de NWOBHM oblige. Tout le charme de l'œuvre tient dans ce mélange superbement dessiné.

De ces influences heavy, c'est bien évidemment le chant qui ressort en premier et qui ne plaira pas à tout le monde de par ses intonations haut perchées. Le regretté David Wayne, décédé en 2005 en raison de complications survenues suite à un accident de voiture, reste pourtant l'un des tous meilleurs chanteurs metal ayant jamais mis les pieds sur cette foutue planète. Reconnaissable entre mille, sa voix puissante, dynamique, aiguë, perçante, stridente même, et pourtant si prenante, illumine toutes les compositions. Pas un ne chante comme lui et si vous accrochez à son timbre particulier, il vous hantera pour toujours. Et dire que Metal Church trouvera après son départ en 1988 un remplaçant encore plus "awesome" en la personne de Mike Howe! Rien que par ce chant haut en couleur, le quintette se démarque des autres. Bien sûr, la patte Metal Church ne vient pas que de son frontman. On l'a vu, le jeu de batterie de Kirk Arrington et la basse de Duke Erickson se positionnent aussi comme des atouts importants. Mais le metal, c'est avant tout les guitares et dans ce domaine, Kurdt Vanderhoof et Craig Wells forment une paire d'exception. Metal Church se pose ainsi en véritable festival du riff, entre courses thrashies entraînantes, mid-tempo savoureux et breaks délicieux. Chaque nouveau riff semble plus jouissif que le précédent, même quand on a déjà écouté l'album des dizaines de fois et qu'on sait à quoi s'attendre. C'est ça les grands albums! Quel feeling, quel sens de la mélodie, quelle efficacité! Et ces solos dans tous les coins, une véritable orgie sonore! Avec des parties de ping-pong jubilatoires comme on savait en faire à l'époque! Shredding time, baby!

Metal Church, c'est quarante minutes de bonheur. Tous les morceaux sont des hits en puissance. Peut-être que la deuxième partie de l'album (après "Hitman") reste légèrement en dessous de la première à cause notamment d'un "In The Blood" plus quelconque malgré ses influences NWOBHM très prononcées. D'où la note imparfaite. Mais le reste est tellement génial qu'on n'y prête pas attention et chaque titre est une nouvelle démonstration. Metal Church s'ouvre sur l'extraordinaire "Beyond The Black", tuerie majoritairement mid-tempo passée à la postérité. Sample de voix distordue sur une intro d'arpèges calme, solo virevoltant suivi d'un riff headbangant à mort, puis surgit à 1'43 la voix géniale de David Wayne (Negotiations are oveeeeeeer) à vous donner des frissons même en pleine canicule. Re-solo, lead, break en son clair magnifique, accélération thrash, solo dantesque (éjaculation garantie à 5'32) pour finir sur un Beyond The Blaaaaaaack à vous mettre par terre. Un titre d'ouverture mémorable. Tout y est. Difficile de faire mieux, pourtant les Américains placent ensuite un "Metal Church" culte de chez culte, le meilleur morceau de l'album que je pourrais bien écouter toute la journée sans me lasser. Vent qui souffle, petits coups de batterie crescendo et puis ce duo basse/batterie qui groove à mort sur un riff lent et menaçant tout simple mais absolument génial. Suivent un rire enregistré et ce riff thrash ultime à 1'05. Sans oublier la voix envoûtante de Wayne et l'enchaînement fatal de solos en final. Ça c'est de la chanson les enfants! La perfection absolue. Metal Church ne s'arrête pas en si bon chemin et propose ensuite "Merciless Onslaught", un instrumental court (la piste la plus brève de l'album) mais fantastique, avec un enchaînement de riffs killers, une lead mélodique mémorable à 1'32 et des solos excellents, le tout sur une rythmique bien rapide. Changement de décor avec "Gods Of Wrath", la power ballade de l'album. Et quelle power ballade! Magnifiques arpèges sombres au début que n'aurait pas reniés Metallica, voix douce de David Wayne qui nous montre qu'il ne connait pas que les aigus stridents, riff mid-tempo terrible et solos grandioses, pour enfin revenir aux arpèges d'ouverture. Du grand art! "Hitman" repart sur une rythmique plus véloce, très entraînante, avec un pur riff toujours entre thrash et heavy. Plus des lignes de chant inoubliables (it was youuuuuuu ouooh ooh ooh ooh ooh) et des solos de dingues, que demande le peuple? Peut-être un "In The Blood" plus convaincant. Un bon titre qui fait toutefois pâle figure face aux mastodontes entre lequel il est placé. Tel le suivant, "(My Favorite) Nightmare", où la recette de riffs rapides aussi catchy que remarquables, de solos agiles (les twin guitars à 1'30, maman!), de mélodies mémorables et de lignes de chant d'un David Wayne excité comme jamais fait mouche à nouveau. À 2'27, les guitares se taisent et laissent le couple basse/batterie groover et porter les paroles presque parlées de David Wayne qui jouera ensuite au fausset à la King Diamond. Quant à "Battalions", il s'agit d'un hymne speed ultra jubilatoire de par son rythme rapide et des parties de chant particulièrement inspirées, avec entre autres des chœurs jouissifs (We form tonight, we kill tonight) et un refrain gigantesque. Sans parler du break groovy à 2'27 et du solo à 2'54. Superbe, sensationnel même à 3'20 sur cette ligne mélodique inoubliable. Metal Church se termine sur une cover du hit "Highway Star" de Deep Purple. Une merveille de reprise car le groupe a bien pris soin de s'approprier l'originale en la thrashisant et la personnalisant (miam, ces solos!).

La combinaison parfaite de thrash et de NWOBHM, voilà ce que représente ce premier full-length aussi catchy et efficace que virtuose et sombre d'un groupe déjà au sommet de son art en 1984. Encore plus influencé par la scène britannique que Metallica sur son Kill 'Em All, Metal Church a choisi une voie plus soft et mélodique mais tout aussi spectaculaire que le premier album des Mets plein de rage punk. Dommage que le groupe n'ait pas pu sortir cet éponyme plus tôt alors que la plupart des morceaux datent du tout début des années 1980. Du coup, Metal Church est à la fois un pionnier et un retardataire. Parfois considéré comme du power par les fans US, Metal Church reste quoiqu'il en soit un album culte rempli de tubes légendaires qui n'ont pas pris une ride, à l'image de cette production vintage pourtant toujours pertinente aujourd'hui. "Beyond The Black", "Metal Church", "Gods Of Wrath", "(My Favorite) Nightmare", "Battalions"... autant de classiques à écouter et réécouter en se disant que des albums comme ça, on n'en fait plus! R.I.P. Révérend David Wayne!

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2 COMMENTAIRE(S)

Keyser citer
Keyser
17/03/2012 21:18
note: 9.5/10
hurgh a écrit : Ah voila une chronique qu'elle fait plaisir ! On partage le même enthousiasme concernant cet album. C'est violament thrash mais en même temps délicieusement heavy, et surtout c'est joué avec une fougue imparable, un must du metal ce disque. J'aime aussi vraiment le deuxième album, bien que moins direct, le troisième "Blessing..." possède quelques très bons moments mais traîne quand même pas mal la patte et après j'en sais rien, connais pas...
"Hanging..." au même niveau tu dis ? Ben dit donc, des lustres qu'il est à 7 euros chez mon disquaire d'occaz, faut peut-être que je me lance alors. Mais putain, cette pochette hideuse, c'est la honte ce truc...


Pas du même niveau puisque difficile à comparer mais ce sont mes 2 albums préférés du groupe. J'ai même une préférence pour Hanging. C'est plus du thrash, c'est même sans doute l'album le plus mainstream de Metal Church d'ailleurs mais c'est que du tube, que du bonheur. Mike Howe y est juste extraordinaire. Je n'hésiterai pas à lui coller un 10/10 quand j'en ferai la kro!

Sinon oui, la pochette est une véritable immondice haha mais faut savoir passer outre.
hurgh citer
hurgh
17/03/2012 19:36
note: 9/10
Ah voila une chronique qu'elle fait plaisir ! On partage le même enthousiasme concernant cet album. C'est violament thrash mais en même temps délicieusement heavy, et surtout c'est joué avec une fougue imparable, un must du metal ce disque. J'aime aussi vraiment le deuxième album, bien que moins direct, le troisième "Blessing..." possède quelques très bons moments mais traîne quand même pas mal la patte et après j'en sais rien, connais pas...
"Hanging..." au même niveau tu dis ? Ben dit donc, des lustres qu'il est à 7 euros chez mon disquaire d'occaz, faut peut-être que je me lance alors. Mais putain, cette pochette hideuse, c'est la honte ce truc...

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Metal Church
Thrash/Heavy
1984 - Ground Zero Records
notes
Chroniqueur : 9.5/10
Lecteurs : (3)  9.17/10
Webzines : (10)  8.47/10

plus d'infos sur
Metal Church
Metal Church
Heavy/Power/Thrash - 1980 - Etats-Unis
  

tracklist
01.   Beyond The Black
02.   Metal Church
03.   Merciless Onslaught
04.   Gods Of Wrath
05.   Hitman
06.   In The Blood
07.   (My Favorite) Nightmare
08.   Battalions
09.   Highway Star (Deep Purple cover)

Durée : 41'52

line up
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