À la différence de
Mitch qui s’occupait du groupe jusqu’à présent, je ne suis guère spécialiste de la discographie de
PUTERAEON. Je sais la formation suédoise respectée, je connais également sa fascination pour
Lovecraft, passion qu’elle partage avec des milliers d’autres groupes, des millions de lecteurs partout dans le monde, dont moi, heureux possesseur de l’intégralité de son œuvre grâce aux trois merveilleux volumes de la collection « Bouquins » de Robert Laffont, des nouvelles traductions de la Pléiade (2024) et si j’ai arrêté d’acheter les différentes adaptations graphiques qui continuent inlassablement de paraître, j’avoue avoir succombé au superbe travail de Gō Tanabe. Aussi, comment ne pas s’amouracher de la pochette de
Mountains of Madness dès le premier regard ? Récit emblématique s’il en est du Maître de Providence dont on attend encore, l’écume aux lèvres, le film de Guillermo del Toro…
Avec ce cinquième album, le quatuor s’attache donc à mettre en musique l’expédition de l’Université de Miskatonic. Neuf chapitres, quarante minutes pour survoler le plateau de Leng, traverser la Cité sans nom, fuir les Shoggoths… Le connaisseur retrouvera donc ici tous les moments clés du texte qui, outre l’emballage classieux, se voit une nouvelle fois produit par
Dan Swanö. Ce dernier confère au LP toute la puissance nécessaire à la narration grâce à la patte qu’on lui connaît, un mix idéal entre abrasivité et clarté pour une production qui fait finalement preuve de beaucoup de finesse.
Cependant, je reconnais avoir été quelque peu désappointé lors des premières écoutes. En effet, j’attendais probablement quelque chose de plus sombre, de plus brutal, de moins mélodique également alors que les Suédois ne font jamais qu’explorer le
death metal typique de leur pays et de ce que ses formations cultes (
GRAVE,
DISMEMBER,
ENTOMBED) jouaient à l’aube des années 2000 : une approche
groovy davantage nuancée du
death HM2 et c’est exactement cela qui forme l’ossature lourde de
Mountains of Madness : les accélérations sont rares (« The Rise of the Shoggoths » ; « Watchers at the Abyss »), empreintes d’un
feeling rock épais, granuleux, qui remue salement la caboche.
Néanmoins, une fois passé l’effet de surprise, ça a été pour moi une adoration inconditionnelle. Ne pouvant établir une comparaison avec les disques précédents, je ne saurais affirmer si celui-ci leur est supérieur tout en peinant à croire qu’il puisse être inférieur. Il faut dire que les compositions fourmillent de détails, de finitions brillantes, de changements de plans, de tempos, d’ambiances avec finalement assez peu de démonstrations purement techniques : le groupe reste dans un registre essentiellement rythmique, quelques harmonies de guitares
heavy subliment le propos (l’introduction épique de « I Am the Darkness ») mais c’est clairement la profondeur de l’écriture qui rend aujourd’hui le LP si fascinant. De l’introduction grandiose « Miskatonic Expedition » au titre phare « The Nameless City », soit six minutes de plaisir à l’état pur en forme de parfait condensé de ce que
PUTERAEON sait imaginer de mieux en termes de
death frôlant l’atmosphérique, les musiciens parviennent à toucher du doigt un peu de l’horreur cosmique lovecraftienne.
Et quel boulot abattu par la section basse – batterie !
Daniel Vandija et
Anders Malmström dynamitent tout avec pourtant une étonnante subtilité car, en définitive, ce qui ressort de l’expérience, c’est la nuance dont est aujourd’hui capable
PUTERAEON, un raffinement que l’on ne soupçonnait pas sans se départir de sa violence, de sa noirceur, sans rien sacrifier. Vraiment dommage que l’article ne sorte que maintenant, le disque aurait facilement fini dans mon top 2025 tant il redéfinit à lui seul les critères de l'exigence musicale et de l’intégrité.
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