La production pourra certes aujourd’hui sembler en déficit de puissance (et encore, le boulot des ingénieurs de l’époque reste d’une incroyable actualité), les Danois d’
ILLDISPOSED ont pourtant fait les gorges chaudes de l’année 1993 dès leur premier album. Il faut reconnaître que se pointer sur le devant de la scène mondiale avec dans sa besace une pièce de l’envergure de ce
Four Depressive Seasons, cela avait de quoi impressionner la concurrence, y compris américaine, à juste titre. Nombreux sont ceux qui ont dû pisser dans leur froc en découvrant ces neuf morceaux, et merci bien.
Pourtant, le quatuor ne cherche absolument pas à draguer sur les terres de l’Oncle Sam, il sera au contraire dès ce LP le dépositaire officiel d’un son, d’un style vraiment propre à son pays que bien d’autres essaieront par la suite de s’approprier, en vain. Au mieux pourrions-nous citer
PANZERCHRIST sur ces cinq premiers efforts, ce qui est déjà énorme, mais en dehors de lui personne n’a sérieusement pris la relève de cette forme de
death metal européen bien compris : épais, gras,
groovy comme jamais, sortant déjà des clichés du putride, complètement différent de l’école suédoise.
À l’écoute de ces compositions, je comprends mieux ceux qui ont pu être déçus par
Submit en 1995 car il sonne effectivement étonnamment boursoufflé au regard du contenu de ce LP : un
death incarnant la gestuelle du balancement de tête, du petit pas chaloupé, une espèce de nonchalance brutale où les
breaks ravageurs côtoient la radicalité d’accélérations titanesques, avec en prime un vocaliste incroyable en la personne de
Bo Sommer. Le type passe sans sourciller de raclements à la
Martin van Drunen aux
growls profonds, cordes vocales nappées de saindoux. Une voix que je qualifierais d’onctueuse si je ne craignais pas le ridicule de l’adjectif au sein d’un article consacré au
metal extrême. Allez, on va dire que je m’en fous.
De piste en piste, le constat s’impose : nous sommes sur un disque « zéro déchet », y compris lorsque les mecs se lancent dans les près de huit minutes d’« A Deathwork Orange… the Winter of Our Discontempt » : on aurait pu se dire qu’il est bien prétentieux de la part de petits nouveaux que de chercher à faire ainsi du zèle. Bah, crève. Le titre est dingue, varié, bourré d’alternances de plans, de trouvailles à l’image de ces quelques chœurs féminins datés mais finalement géniaux. Même au sujet des solos je ne trouverai rien à redire :
Lasse Bak n’a certes rien d’un génie mais ses interventions font systématiquement mouche, bien
heavy, pleines de
feeling, termes à la con j’en conviens mais qui décrit cependant plutôt bien son boulot monstrueux sur cet album où il nous régale surtout de rythmiques à l’épaisseur digne d’une couenne de porc.
Il n’est d’ailleurs pas le seul à régaler sur cette galette, chacun à son poste délivrant une performance énormissime à une époque où, je le crois, il était moins simple de sonner comme un tueur, surtout lorsqu’on dispose de peu de moyens. Ainsi, « Inherit the Wind » prend des airs de classique, « Reversed » tétanise, « Weeping Souls of Autumn Desire » laisse à penser que le
heavy metal reste une influence importante dans la façon d’agencer les harmonies de guitares mais, surtout, c’est bien ce rythme global de marteau-pilon qui rend dingue, ces mid-tempos écrasants, cette ossature lourde pour une approche résolument novatrice. À ce niveau, il serait injurieux de parler de débuts prometteurs, les mecs se pointent et mettent une claque d’envergure grâce à des morceaux solides, une attitude, un son, un style, un peu à l’image de
MORGOTH même si les approches diffèrent.
Évidemment c’est une branlée, évidemment c’est à connaître.
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