Et revoici nos Allemands les plus stables de la scène. Si, si, ils sont stables, et sur tous les points. Déjà le line-up l’est, avec un duo que l’on n’imagine jamais pouvoir se séparer. Ou alors définitivement. Je pense que si Aragonyth ou Syderyth jetait l’éponge, l’autre ne tenterait même pas de le remplacer. Un peu comme le duo de
WOODS OF INFINITY ou celui de
HOLDAAR. C’est ensemble ou c’est rien, et cela fait maintenant dix ans que ça dure. Le premier album est effectivement paru en octobre 2016, et la musique n’a pas véritablement évolué depuis, montrant là aussi à quel point
DAUÞUZ est un gage de stabilité.
Todeswerk: Uranium II est presque un copier-coller d’
Uranium (qu’on appellera désormais
Uranium I puisque celui-ci est le II), lequel était déjà particulièrement proche de son prédécesseur
Vom schwarzen Schmied. Pas d’évolution. Problème ? En quelque sorte oui, car sans surprise un groupe perd nécessairement une partie de sa saveur. Mais d’un autre côté, pourquoi changer une formule qui fonctionne ? Et puis il faut reconnaître que le plaisir de replonger dans l’univers très personnel de
DAUÞUZ demeure intact. Le black metal des Allemands, à la fois atmosphérique et opératique, vient nous chercher aux tripes grâce à ses mélodies limpides et imparables, à ses vocaux acérés et possédés, à ses chœurs théâtraux si caractéristiques… C’est génial bien que déjà entendu, tout comme les passages acoustiques et les légers samples qui parsèment l’ensemble.
Alors plus que la musique, c’est le concept qui se distingue et qui mérite quelques explications.
Todeswerk: Uranium II est consacré à l’histoire de Joachimsthal (aujourd’hui Jáchymov, en République tchèque), une ville passée de la prospérité à l’horreur. Célèbre au XVIe siècle pour ses mines d’argent, qui ont notamment donné naissance au mot « dollar », elle devient après 1945 l’un des principaux centres d’extraction d’uranium du bloc soviétique.
Douze camps de travail forcé y sont installés et des dizaines de milliers de prisonniers sont contraints d’extraire le minerai dans des conditions effroyables. Radiations, accidents, malnutrition et exécutions font de la région un véritable enfer, symbolisé par la tristement célèbre « Tour de la Mort », où l’exposition à la poussière radioactive condamnait de nombreux détenus. À travers ce récit particulièrement sombre,
DAUÞUZ rappelle une page méconnue de l’histoire européenne et le destin glaçant d’une ville passée de la richesse à la souffrance.
Au final,
DAUÞUZ ne surprend plus vraiment, mais continue de faire ce qu’il sait faire avec une maîtrise remarquable. Une formule immuable, certes, mais qui demeure redoutablement efficace.
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