J’imagine que je vais décevoir tout le monde. Tout d’abord, je vais décevoir ceux qui ont déjà décidé de descendre l’album. Ils expliqueront une nouvelle fois que le groupe est à des années-lumière de ses meilleures œuvres, que tout cela n’est que du réchauffé, que d’innombrables formations ont repris le flambeau avec bien plus de talent et que, si ce disque ne portait pas le nom de
DIMMU BORGIR, personne n’y aurait prêté attention. Ils me trouveront donc extrêmement généreux avec un 7/10.
Ensuite, je vais décevoir les autres, ceux qui ont été bluffés par le retour en grâce de Shagrath et Silenoz.
Grand Serpent Rising mériterait au moins un point de plus selon eux, puisqu’il marque enfin le retour au style que l’on attendait depuis longtemps, après un
Abrahadabra aux allures de bande-son Disney en 2010 et un
Eonian terriblement mollasson en 2018.
Je ne me reconnais totalement dans aucun de ces deux camps. Ou plutôt, chacun d’eux met le doigt sur une part de vérité. Moi aussi, j’espérais que les légendes norvégiennes renoueraient avec leur identité d’origine et les atmosphères qui ont fait leur réputation dans les années 90 et au début des années 2000. Et c’est effectivement le cas. Rien que pour cela, je place déjà cet album au-dessus d’
Eonian. J’ai également trouvé les compositions plus inspirées que celles d’In Sorte Diaboli, sorti en 2007, un disque que j’avais toujours trouvé un peu poussif. Pour autant, le résultat reste en deçà des grandes heures du groupe et n’atteint jamais vraiment l’intensité ou l’efficacité de ses œuvres les plus marquantes.
C’est assez amusant, mais après plusieurs écoutes de ces treize nouveaux morceaux, j’en retire exactement la même impression qu’après avoir visionné le final de la dernière saison de The Boys, diffusé seulement deux jours auparavant. Oui, après avoir comparé
DIMMU BORGIR aux Pirates des Caraïbes il y a quelques années, voilà que je le rapproche maintenant d’une série Amazon... Mais la comparaison est finalement assez pertinente, tant les réactions ont suivi le même schéma. Certains s’attendaient à voir Homelander devenir totalement incontrôlable et s’attaquer au monde entier. D’autres redoutaient une conclusion trop sage et trop policée. Au final, la série a choisi une voie médiane. On peut s’en satisfaire, mais il est difficile de ne pas penser qu’elle avait les moyens d’aller plus loin.
C’est exactement ce que je ressens avec ce nouveau
DIMMU BORGIR. Certains morceaux sont redoutablement efficaces, portés par tout ce que l’on espérait retrouver : des variations vocales réussies, des envolées de claviers mémorables et des solos qui font mouche. D’autres, en revanche, donnent davantage l’impression de répondre à un cahier des charges. C’est ce qui m’a le plus gêné par moments : cette sensation que le groupe reproduit ses propres codes davantage par réflexe que par conviction. Comme si
DIMMU BORGIR cherchait parfois à redevenir le
DIMMU BORGIR d’autrefois sans parvenir à retrouver complètement la flamme qui animait alors ses compositions.
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