Nécropole - Nadir At The Crown
Chronique
Nécropole Nadir At The Crown
[ A propos de cette chronique ] Fidèle à son habitude le sieur Amertume a publié du jour au lendemain ce nouveau disque dans la plus grande discrétion et sans annonce préalable afin de garder le mystère et travailler sans pression extérieure, un schéma inchangé malgré un planning allégé depuis l’arrêt de CAVERNE en 2021. Si NECROPOLE n’a jamais déçu depuis sa création on avait néanmoins été surpris en 2022 par l’excellent
« Yoga » qui mettait à l’honneur pour la première fois la langue de Shakespeare à la place de notre belle langue de Molière, un choix surprenant quand on connait l’importance des textes pour son auteur mais qui convenait tout aussi bien à sa musique épique et remplie de nihilisme. Il n’est donc pas étonnant qu’il continue dans cette voie sur ce troisième album composé de cinq titres assez longs, évoluant toujours dans ce même registre qui a fait son succès et qu’on a pu également entendre sur la compilation « A Contre-Temps » en 2024, ainsi qu’à l’hommage à la scène de Toulon publié l’an dernier via la reprise de « Consumatum Est » de SEIGNEUR VOLAND.
Et effectivement nulle surprise n’est à l’ordre du jour et c’est tant mieux vu que la recette fait encore une fois mouche instantanément comme le démontre « Back Wards » qui va nous offrir tout le panel de jeu favori de sa tête pensante, divisé ici en trois parties distinctes et parfaitement menées pendant un peu plus de huit minutes. Car sur la première d’entre elles on va avoir droit à une grande variété et homogénéité rythmique, ne cessant de faire les montagnes russes sans pour autant que l’on perde le fil en cours de route… et de fait afin de renforcer ce sentiment d’attractivité le second tiers va lui miser sur une vision nettement plus rampante et ralentie, où l’opacité en ressort renforcée. Tout cela avant que le dernier passage ne vienne lâcher les chevaux en misant sur une vision débridée et brutale, où ça tabasse fortement sans pour autant oublier un solo bien reconnaissable et des notes qui déchirent le ciel brumeux et semblent vouloir laisser passer un soupçon de lumière. C’est totalement balisé mais redoutablement exécuté et l’on est toujours bluffé par la capacité du chanteur et multi-instrumentiste à proposer un rendu hyper connu mais qui ne donne jamais le sentiment de se recycler, ce que « … To The Fore » qui enchaîne sans temps-mort avec la plage précédente va proposer à nouveau avec la même qualité générale. Car si ici l’ensemble va miser majoritairement sur un versant plus ralenti et rampant il ne va pas oublier d’accélérer à plusieurs reprises afin d’éviter toute redondance, et en y ajoutant une dimension mystique avec la basse bien en avant et quelques cassures aux accents légèrement atmosphériques. Ça reste donc dans les clous mais ça voit aussi une certaine densification et recherche de nouvelles sensations musicales comme spirituelles, ce que le magnétique « Whither The Dead End » va proposer en allant plus loin musicalement vu que ça débute par de doux arpèges froids avant que ça n’explose de partout, tout en ne s’étirant jamais trop au profit de mid-tempo épique et incisif et d’une clôture où le bridage est plus marqué. Plus lumineuse et moins ténébreuse cette plage centrale ne perd nullement de vue son objectif en ne tombant jamais dans le trop plein et gardant un relatif équilibre idéal, et ce avant l’arrivée du court et monstrueux « Manipulation » qui va être le point d’orgue de cet enregistrement décidemment redoutable.
Malgré ici que les parties instrumentales aillent plus à l’essentiel le rendu offre une variété générale impressionnante en jouant en permanence sur le grand-écart dans un premier temps, avant ensuite de miser sur un versant presque Punk dans le riff puis une vision éthérée et mélancolique où la tristesse et le deuil apparaissent subtilement, prenant ainsi tout le monde à revers après ce départ tonitruant où l’on avait clairement envie de secouer la tête dans tous les sens. Violente et malsaine autant que nostalgique cette plage est la quintessence de son leader qui livre encore plus qu’habituellement un ressentiment certain contre le monde actuel, lançant donc parfaitement « Silence And The Abyss » à l’équilibre constant et où des accents militaristes se font entendre. Offrant nombre d’explosions régulières et de plans suffocants cette dernière salve montre toujours une noirceur et un rejet total de notre ère moderne, d’où émerge une fois de plus un lead plaintif qui clôt un équilibre des forces que l’on a pu entendre souvent par le passé par le musicien, qui livre donc au final un long-format qui ne se démarque pas foncièrement des autres mais qui va cependant chercher un soupçon de profondeur supplémentaire.
Maîtrisant donc parfaitement son sujet et l’art de faire du neuf avec du vieux le projet basé désormais en Ariège s’impose donc une fois encore comme l’une des plus belles œuvres noires de notre beau territoire national, mené d’une main de maître par son géniteur qui offre violence et gelures à quiconque prendra l’envie de se pencher dessus. Sans artifices mais seulement porté par le talent et une inspiration au zénith ce dernier continue de compléter sa discographie sans fausses notes, se foutant des modes et des avis extérieurs en ne comptant que sur lui-même pour mieux faire vivre son art au-delà des clichés. Vainqueur une fois encore par k.o cette nécropole met la concurrence à distance sans que celle-ci malgré toute sa vaillance n’arrive à l’atteindre, tant les cieux et les températures négatives la rendent inaccessible… mais pas pour autant inatteignable. Il est en tout cas certain que ce nom nous offrira encore de belles choses à l’avenir, à moins que son créateur décide de passer à autre chose comme il a pu le faire dans un passé récent en n’hésitant jamais à nous prendre à revers. On ne lui reprochera pas si cela arrive et on ne pourra que s’incliner devant le travail accompli depuis les débuts en 2014 avec « Atavisme… » jusqu’à ce « Nadir At The Crown » où la couronne lui reste bien fixée sur sa tête, seigneur et roi d’un Metal hexagonal qui regorge de pépites et de personnalités talentueuses, dont il fait évidemment partie – et on souhaite que cela se perpétue encore longtemps.
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