Je vous le dis tout de suite, difficile à la découverte de ce douzième album d’Immolation de ne pas se laisser aller à une avalanche de superlatifs. Je radote, je répète, je ressasse et je régurgite probablement le même sentiment d’enthousiasme et d’émerveillement depuis maintenant quelques années face à leurs plus récentes contributions mais merde, quel groupe de Death Metal avec derrière lui une carrière de près de quarante ans peut se targuer d’être encore aujourd’hui à un tel niveau d’excellence ? Vous me rétorquerez, à raison, que des formations telles que Cannibal Corpse, Deicide, Malevolent Creation, Incantation ou Obituary sont bel et bien toujours de la partie mais si j’adore encore voir ces groupes sur scène et écouter la plupart de leurs albums, la vérité est que sur disque absolument aucun de ces groupes aussi culte soit-il n’est en mesure de rivaliser ces dernières années avec les New-Yorkais…
De retour après un petit peu plus de quatre ans d’absence discographique, Immolation vient donc rappeler, si certains avaient encore aujourd’hui l’outrecuidance de penser le contraire, qu’il est effectivement le patron d’une scène Death Metal toujours très en forme. Et pour ce faire, les Américains n’ont pas eu besoin de se montrer aussi généreux que par le passé puisque ce nouvel album intitulé
Descent compte effectivement dix nouveaux morceaux pour "seulement" quarante-et-une minutes. S’il est donc effectivement moins impressionnant d’un point de vue "chiffres" que l’imposant
Act Of God (quinze titres pour près de cinquante trois minutes), ce nouvel effort n’en reste pas moins une énième leçon ès Death Metal de la part d’un groupe qui hormis des choix de productions parfois hasardeux et discutables n’a jamais vraiment fait un seul faux-pas.
D’ailleurs, certains d’entre vous seront sûrement ravis de lire et de constater que pour la première fois depuis 1999 et la sortie de
Failures For Gods, le producteur Paul Orofino n’est désormais plus de la partie... Seul Zack Ohren en place derrière les potards depuis maintenant plus de quinze ans répond encore ici présent avec cependant le soutien de messieurs Justin Passamonte et Noah Buchanan a qui a été confié l’enregistrement des différents instruments. Le résultat est dans l’ensemble extrêmement convaincant (c’est-à-dire plutôt naturel et équilibré non sans faire état d’une évidente puissance) même si à titre personnel le son de batterie, notamment lors des passages les plus soutenus, me fait toujours un petit peu tiquer. Rien de rédhibitoire mais comme on se dit tout, autant ne rien vous cacher... Enfin vous aurez probablement reconnu son coup de pinceau, c’est effectivement Eliran Kantor qui signe l’illustration de
Descent. Assez peu touché de manière générale par ses différents travaux, je ne peux pas dire que je sois ici encore particulièrement emballé par ce qui m’est donné à voir. Cependant, il y a une forme de continuité avec l’illustration de
Act Of God que je trouve pour le moins intéressante (en plus d’être naturellement raccord avec ce titre).
Sans rien changer à son identité et à ce Death Metal qui a fait sa renommée, Immolation reprend sur ces dix nouvelles compositions le même modus operandi avec pour commencer des titres relativement concis qui à l’exception d’un morceau-titre affiché à près de six minutes (plus long morceau des Américains depuis "Whispering Death" présent sur
Shadows In The Light paru en 2007) ne tirent jamais vraiment en longueur (dix titres, quarante-et-une minutes, je vous laisse faire la moyenne). La suite, on la connait évidemment sur le bout des doigts mais cela ne nous empêchera pas une fois de plus de mettre genou à terre et de prêter allégeance sans rechigner aux quatre New-Yorkais décidément un bon cran au-dessus de la concurrence.
Porté, on l’a vu, pas une production plutôt soignée (bien que perfectible, notamment lors de certaines salves de double aux couleurs un poil trop synthétiques à mon goût), Immolation va dérouler pendant près de trois quarts d’heure un Death Metal absolument impérial qui, s’il en impose par ses riffs techniques et nerveux aux dissonances subtiles, par sa lourdeur implacable (Ross Dolan toujours aussi redoutable derrière un micro) ou bien encore par son approche ciselée sait aussi se faire plus sinueux et torturé, moins frontal et immédiat et donc en somme plus nuancé. D’ailleurs comme sur son plus récent prédécesseur,
Descent compte lui aussi un interlude instrumental qui permet ici en fin de parcours de calmer le jeu et d’aérer un peu l’ensemble sans pour autant relâcher drastiquement la tension grâce à une atmosphère sombre et tendue pour le moins persistante.
Bref, qu’il opère poignée dans l’angle ou le pied levé, Immolation continue d’impressionner par la justesse de ses compositions. Sur ces quarante-et-une minutes relativement variées il n’y a tout simplement rien à jeter. On frise pour ainsi dire la perfection si tant est que cela existe en musique. Car on a beau savoir parfaitement où l’on met les pieds, une certaine forme de surprise persiste à la découverte d’un nouvel album des Américains. Celle évoquée plus haut d’être face à un groupe capable de se jouer du temps qui passe pour rester aussi pertinent qu’il l’était à la fin des années 80 à l’époque de ses premières sorties... Il me semble donc vain de chercher à résister à ces tricots de riffs alambiqués et pourtant tellement fluides, à ces changements de rythmes et de plans aussi systématiques qu’inattendus, à ces démonstrations de force écrasantes et sans pitié, à ces ralentissements aussi sombres et sournois que salutaires présentés tout au long d’un album (et notamment sur une seconde partie un poil plus en retenue que ce début tonitruant) toujours aussi dense et implacable, à ces mélodies sombres, vicieuses et sournoises, à ces ambiances toujours aussi blasphématoires et infernales et finalement à ces musiciens qui à l’aube de leur soixantaine (en tout cas en ce qui concerne Ross Dolan et Rob Vigna qui tous les deux ont déjà dépassé les cinquante-cinq ans)...
Alors évidemment, j’aurais pu me prêter au jeu du titre par titre, chercher à rentrer davantage dans le détail de chacune de ces dix nouvelles compositions, mettre le doigt comme je le fais régulièrement à grand renfort d’horodatages précis sur telles ou telles accélérations menées le couteau entre les dents, sur telles ou telles séquences exécutés à l’inverse avec plus ou moins de parcimonie, sur tels ou tels passages sublimés par la présence d’excellents solos tous plus impeccables les uns que les autres et ainsi de suite mais à quoi bon mettre ici en lumière certains moments au détriment d’autres alors que
Descent est de bout en bout un festival de séquences toutes plus réjouissantes les unes que les autres. Certes, arrivé à mi-parcours l’album semble quelque peu baisser en intensité mais dans son ensemble celui-ci reste tout à fait homogène et parfaitement équilibré avec justement toutes ces nuances qui lui permettent de rendre ces quarante-et-une minutes tout à fait digeste malgré une certaine densité. Bref,
Descent est une fois de plus une franche réussite à mettre au crédit d’Immolation qui semble donc incapable de décevoir et de mettre à côté. Quel exemple de longévité et d'excellence (assurément le maître-mot de cette chronique) pour tous les amateurs de Death Metal ! Bravo messieurs !
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