Si l’enthousiasme que je porte à l’égard des sorties les plus récentes de Pearl Jam n’est absolument pas comparable à celui que je réserve encore trente ans plus tard aux premiers albums du groupe de Seattle, il faut pourtant reconnaître à nos darons une certaine constance. Il y a eu évidemment des disques moins convaincants, des hauts et des bas, des titres beaucoup trop nian-nian et parfois même de flagrantes pertes d’inspiration mais dans son ensemble la carrière de Pearl Jam n’en reste pas moins remarquable. Dernière preuve de cette affirmation bien personnelle, l’album
Dark Matter paru il y a maintenant un petit peu plus de deux ans et qui, après avoir longtemps reposé, m’a fait une excellente impression lors de son dernier décrassage. Comme quoi, cela a souvent du bon de laisser sa chance à un disque qui n’a pas su tout à fait convaincre lors des premières écoutes...
Produit par Andrew Watt connu notamment dans le monde de la Pop pour ses collaborations avec Lana Del Ray, Justin Bieber, Cardi B, Post Malone, Dua Lipa ou bien encore Charli XCX, ce douzième album studio a été enregistré au Shangri-La Studio de Malibu, Californie. Un endroit tout à fait paradisiaque avec vue sur l’océan Pacifique qui semble-t-il n’a cette fois-ci posé aucun souci à Eddie Vedder (à l’époque de
VS., celui-ci avait eu en effet beaucoup de mal à se mettre au travail à cause d’un environnement tout aussi idyllique :
"I fucking hate it here ... I've had a hard time ... How do you make a rock record here? ou
"The second record, that was the one I enjoyed making the least ... I just didn't feel comfortable in the place we were at because it was very comfortable. I didn't like that at all."). Sans surprise, le travail de monsieur Watt sur ce « nouvel » album donne à entendre une production léchée, flatteuse et sans aspérité qui convient plutôt bien à ce genre de Dad Rock américain. Ce douzième album fût également l’occasion pour la formation de collaborer avec quelques copains et autres musiciens tels que l’acteur Sean Penn, le producteur et multi-instrumentiste Josh Klinghoffer (ex-Red Hot Chili Peppers...), Mark Smith (tour manager de Pearl Jam depuis des lustres) ainsi que leur producteur Andrew Watt qui chacun ira de sa modeste contribution que ce soit à la queue de billard (celle que l’on entend à 0:23 sur "Scared Of Fear"), au piano, au clavier, à la guitare ou au chant.
Alors évidemment, et ce ne sera une surprise pour absolument personne, Pearl Jam se contente de faire ici du Pearl Jam. L’auditeur va ainsi renouer durant ces quarante-huit minutes avec un Rock Alternatif accrocheur, dynamique, parfaitement calibré et définitivement plus lisse qu’à la grande époque qui, s’il n’aura jamais ni l’aura ni la portée des albums d’antan, n’en reste pas moins d’excellente facture. D’ailleurs, même s’il m’a fallu deux ans pour véritablement m’en rendre compte,
Dark Matter, mené par des musiciens toujours aussi impeccables, est probablement le meilleur album des Américains de ces vingt dernières années...
À cela plusieurs raisons à commencer par une énergie et une fougue retrouvées qui pour des musiciens ayant pour la plupart passés la soixantaine aujourd’hui fait particulièrement plaisir à entendre. Alors évidemment, nous sommes bien loin d’un album de Punk / Hardcore tels que Deranged Diction et P.E.S.T. au sein desquels Jeff Ament a participé durant les années 80 (pour le premier) et participe encore (pour le second) mais c’est un fait, malgré plusieurs titres assez tranquilles (et d’ailleurs loin d’être pénibles),
Dark Matter est effectivement marqué par une belle dynamique d’ensemble. Des titres tels que "Scared Of Fear", "React, Respond", "Dark Matter", "Running" ou "Got To Give" viennent en effet prouver que le groupe de Seattle en a encore sous le coude et que le nombre des années n’a en rien entaché de son énergie, de sa fougue et de sa jeunesse. Le retour en grâce de Mike McCready initié avec
Gigaton se confirme également avec là encore tout un tas d’excellents solos mélodiques bourrés de feeling. De nombreuses contributions qui très clairement permettent comme à la grande époque de
Ten et
VS. d‘insuffler une énergie incroyable à chacune des compositions où ces dernières se font entendre (mention spéciale à ceux de "Upper Hand" et "Waiting For Stevie" tous les deux véritablement excellents au point de parvenir à vous hérisser le poil).
À l’opposé de ces titres les plus énergiques on trouve évidemment ces quelques ballades et autres compositions plus posées qui ont toujours accompagné les disques du groupe américain. Parmi elles, certaines pouvant paraitre quelque peu anecdotiques comme ce "Won’t Tell" inoffensif sur ses premières quarante-cinq secondes avant que n’arrive ce refrain aussi sensible et touchant qu’imparable qui va alors complètement transformer le morceau pour en faire (au moins pour moi) un des titres phares de l’album. On a d’ailleurs un peu le même genre de sensation sur "Upper Hand", titre sur lequel il semble ne pas se passer grand chose mais où chaque petits coups d’éclats permet de relever la sauce jusqu’à ce fameux solo (épaulé par les montées vocales puissantes et haut-perchées de monsieur Vedder) évoqué plus haut pour une fin en apothéose là encore particulièrement plaisante. Plus immédiats (et avec pour eux de chouettes mélodies et des refrains accrocheurs), "Wreckage", "Waiting For Stevie" ou "Setting Sun" s’avèrent également tout aussi convaincants et il n’y a bien que "Something Special", composition bien moins remarquable, qui de tout l’album ne suscite finalement chez moi pas grande émotion...
S’il n’est pas question de comparer d’une quelconque manière
Dark Matter aux premiers albums iconiques de Pearl Jam, il n’en reste pas moins que ce douzième album renoue en partie avec un peu de cette énergie et de cette fougue contestatrice d’antan (il n’y a d’ailleurs qu’à jeter un oeil à certaines paroles de l’album pour comprendre que les Américains et Eddie Vedder en particulier n’ont toujours pas leurs langues dans leurs poches et que l’état des Etats-Unis et du monde les concernent toujours autant). Aussi dans cette mouture définitivement mature de Pearl Jam,
Dark Matter s’impose sans difficulté aucune comme l’une des plus belles réussites du groupe depuis bien deux décennies maintenant. Un disque maitrisé de bout en bout (avec seulement un titre légèrement en deçà) qui n’a clairement pas volé toutes les louanges et autres avis enthousiastes recueillis à sa sortie.
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