Après quasiment dix ans d’absence (si l’on met de côté bien évidemment
Bloodmoon: I, album collaboratif mené conjointement avec Chelsea Wolfe et l’aide de quelques autres tel que Stephen Brodsky), Converge signait en début d’année un retour particulièrement remarqué avec la sortie d’un nouvel album intitulé
Love Is Not Enough. Un véritable retour en grâce (surtout après la déception que fût à l’époque
The Dusk In Us) à en juger les retours à la fois dithyrambiques et unanimes qui se serait évidemment suffit à lui-même pour quelques années si le groupe n’en avait pas décidé autrement. En effet, à la surprise générale, les Américains annonçaient fin mars la sortie d’un second nouvel album intitulé
Hum Of Hurt. Un disque que le groupe n’a pas imaginé comme un compagnon à
Love Is Not Enough (ce que suggère d’ailleurs cette illustration qui le cas contraire aurait probablement présenté d’évidents rappels) mais comme un disque à part entière reflétant un autre souhait, celui des membres de Converge de proposer une musique plus brute et plus émotionnelle :
"To me, it leans more into being an emotional hardcore album, while Love Is Not Enough feels more metal leaning album. In the end, we simply gave creative birth to another Converge record with its own unique identity and character.".
Comme vous l’avez peut-être déjà lu ailleurs, ce nouvel album tire son nom d’un phénomène mondial reconnu appelé « The Hum ». Un son basse fréquence de source inconnue qui fait ressentir aux personnes à même de l’entendre une sorte de bourdonnement pas nécessairement gênant (enfin surtout si l’on n’y prête pas attention) mais cependant persistant… Une bizarrerie dont les Américains reprennent ici l’idée de bruit diffus et continu appliquée pour l’occasion à une émotion humaine : la douleur. Issu des mêmes sessions d’écritures et d’enregistrements que son aîné de quelques semaines, ce nouvel album a bien évidemment été enregistré lui aussi par Kurt Ballou dans les murs du GodCity Studio puis masterisé dans la foulée par Alan Douches déjà en charge de
Love Is Not Enough. En matière de son et de rendu il n’y a donc évidemment pas grandes différences à attendre de ces deux enregistrements.
En effet, ce sont plutôt les intentions exprimées par Converge tout au long de cette petite demi-heure qui permettent de différencier ces deux albums. Certes, l’annonce officielle faite par le groupe ne laissait que peu de place aux doutes et aux interrogations mais c’est véritablement une fois plongé dans l’écoute de ces dix titres que l’on en prend la pleine mesure. Pour autant, cela ne saute pas nécessairement aux oreilles de prime abord, d’autant plus que des titres comme "Slip The Noose" et "Doom In Bloom" qui ouvrent l’album semblent paradoxalement s’imposer comme une suite plus ou moins directe à
Love Is Not Enough grâce à cette intensité et à cette pertinence retrouvées, celles qui faisaient cruellement défaut au très moyen
The Dusk In Us. C’est surtout après que le groupe originaire de Salem commence à emprunter d’autres chemins. Ainsi à la manière d’un groupe de Noise, la basse se tend, les rythmes s’alourdissent, saccadent et se répètent, les riffs tournoient, tarabiscottent et bouclent alors qu’une évidente tension s’installe au fur et à mesure. Certes, Converge ne peut évidemment revendiquer la paternité d’une telle recette mais force est de constater qu’il n’a aucune difficulté à l’exécuter selon ses propres standards.
Effectivement moins direct et explosif qu’un
Love Is Not Enough mené le couteau entre les dents,
Hum Of Hurt n’en possède pas moins quelques titres particulièrement nerveux et agressifs. Des morceaux tels que "Slip The Noose", "It’s Only Gets Worse", "I Won’t Let You Go" ou "It’s Not Up To Us" placés tous les quatre sous la barre des trois minutes vous feront presque vous demander si le discours servit par Converge pour légitimer l’existence de ce nouvel album n’est finalement pas que de la poudre aux yeux... Car si le parti pris des Américains est ici de tendre vers une musique plus Noise, moins Metal et certainement plus émotionnelle, le fait est que l’ADN de Converge reste néanmoins très présent à chaque instant. Aussi
Hum Of Hurt ne constitue pas en soit un véritable pas de côté pour les Américains mais plutôt à un disque de Converge tout ce qu’il y a de plus typique avec néanmoins une certaine emphase effectivement portée sur les titres plus tendus, sinueux et sournois. Un parti pris déjà exprimé sur d’autres albums de la formation et cela depuis quand même un sacré paquet d’années… Quoi qu’il en soit, même si effectivement on peut s’interroger sur la démarche annoncée par la célèbre formation américaine et que ce deuxième nouvel album de Converge ne tranche pas de manière aussi nette que ce que l’on pouvait imaginer à l’annonce d’un album mettant l’accent sur le caractère Noise et émotionnel de la formation, le fait est que ces dix nouvelles compositions sont toutes particulièrement convaincantes. Des ces titres les plus féroces à ceux plus tourmentés et sinueux qui prennent le temps d’instaurer un climat effectivement douloureux et nettement plus tendus et suffocants ("Doom In Bloom", "Detonator", "Dream Debris", "It Used To Matter", "Hum Of Hurt" et "Nothing Is Over"), il n’y a strictement rien à jeter sur ce
Hum Of Hurt qui, c’est dire, me fait même encore meilleure impression que
Love Is Not Enough.
En résumé ce nouvel album c’est donc un petit peu comme le double effet Kiss Kool. Tout d’abord la surprise de se voir annoncer la sortie d’un nouveau longue-durée quelques semaines après un premier nouvel album particulièrement réussi (sans égaler toutefois le niveau des albums les plus iconiques de la formation). La seconde, pouvoir s’enfiler dans les oreilles un nouvel album presque meilleur que le premier nouvel album déjà fort concluant. Alors oui, la démarche fait plus ou moins sens (si on avait pris le meilleur des deux albums pour n’en faire qu’un pas sûr que qui que se soit y aurait trouvé à redire quant à une quelconque différence de ton ou d’intention) mais au-delà de l’argument marketing, on tient là un album particulièrement solide qui avec son aîné réinstallent Converge sur le trône qu’il avait plus ou moins cédé après un passage à vide de quelques années (même si
Bloodmoon: I a su trouver grâce à mes oreilles depuis maintenant pas mal de temps). Bref, qu’il soit considéré comme une suite logique, comme un album servant de simple compagnon à son aîné ou comme un disque à l’approche conceptuelle différente,
Hum Of Hurt s’impose comme une franche réussite et vient enfoncer encore un peu plus le clou après un premier retour pour le moins réussi.
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